Je suis plongé dans cette histoire depuis de longs mois, et plus je me documente sur le sujet, plus je me convaincs que celle qu'on nous a racontée au cinéma, dans les films et les livres, ne ressemble presque en rien à celle qui s'est réellement produite. C'est de là que naît cet article, et c'est de là que naîtra aussi mon nouveau livre : Antoine et Cléopâtre — Sexe · Sang · Amour · Mort, dont le sous-titre secondaire est : le grand amour qui embrasa un empire. La couverture que vous voyez ici à côté est ma préférée, avec son clin d'œil à Hollywood et aux yeux violets d'Elizabeth Taylor, l'actrice dont on se souvient le plus dans le rôle de la reine égyptienne dans le film américain de 1963 ; mais le dernier mot sur la nouvelle couverture, ce n'est pas moi qui l'ai, c'est vous, chers lecteurs. À la fin de l'article, je vous explique comment.

Nous avons tous la scène gravée dans l'esprit : les deux amants morts, enlacés dans la tour de son mausolée à Alexandrie, un panier de figues, le cobra qui rôde par là, le poison partagé, les servantes à genoux qui pleurent et ce grand amour qui va au-delà de la mort. The End — Rideau — Applaudissements.
Eh bien non. Ça ne s'est pas passé ainsi. Et la vraie vérité, celle de minute en minute, est infiniment meilleure que la fiction d'Hollywood.
Premier mythe à démentir.
Entre la mort de Marc Antoine, survenue à Alexandrie le 1er août de l'an 30 avant Jésus-Christ, et celle de Cléopâtre, survenue dans cette même ville le 10 août, il s'écoula neuf jours. Neuf longs jours pendant lesquels elle resta en vie, négociant, calculant, prisonnière de l'homme qui venait de les détruire tous les deux. Neuf jours qu'Hollywood a effacés du scénario parce qu'ils lui gâchaient la fin romantique, et qui sont, de loin, ce qu'il y a de plus extraordinaire dans toute l'histoire.
Et ce n'est pas la première fois que le cinéma comprime le temps jusqu'à le déformer à sa guise. Entre la prise de la Bastille et la guillotine de Louis XVI et de Marie-Antoinette, il s'écoula quatre ans, pas un après-midi. Vercingétorix se rendit à Alésia et passa six ans à pourrir dans un cachot sous le Capitole avant qu'on l'étrangle. Un film dure deux heures : il faut regrouper les événements et laisser entendre qu'ils furent consécutifs. Même s'ils ne le furent pas.
Reconstituons-les ensemble. Et tant qu'à faire, abattons d'autres mensonges sur Antoine et Cléopâtre qui tiennent debout depuis deux mille ans.
Neuf jours : ce qui s'est vraiment passé à Alexandrie
1er août de l'an 30 avant Jésus-Christ. Alexandrie est tombée. Cléopâtre s'enferme dans son mausolée avec ses trésors et avec les deux seules personnes en qui elle a confiance —ses servantes Iras et Charmion— et fait courir la rumeur qu'elle est morte. On ne sait pas bien si c'est par tactique, par désespoir ou pour les deux raisons.

La nouvelle parvient à Antoine, apportée par l'un des eunuques de la cour, et il fait la seule chose qu'un général romain de son rang doit faire face à la défaite : se jeter sur sa propre épée et se transpercer le cœur. Il le fait. Et il échoue. Il ne se troue que les entrailles. Un général avec trente ans de campagnes militaires sur les épaules manque le seul coup qu'il n'aurait jamais dû rater : il s'ouvre le ventre, saigne énormément, mais ne meurt pas. Et c'est là que deux autres serviteurs de la même corporation que le précédent apportent au général la nouvelle que non, tout cela n'était qu'une erreur, un tragique malentendu, et qu'elle est encore en vie…
Maintenant, si vous le permettez, je vais me permettre une licence. Les sources nous racontent en détail tout ce qu'Antoine fit ce jour-là, mais aucune ne rapporte ce qu'il pensa ou put dire. Alors je l'imagine moi-même, avec une touche d'humour macabre :
« Mais… putain de bordel de merde. Qu'est-ce que ces deux tapettes d'eunuques qui viennent d'arriver viennent de me dire ? Que Cléopâtre est vivante ? Là, y aurait de quoi envoyer chier tous les dieux de Rome, d'Égypte et de la planète entière. Regarde un peu la connerie que les dieux m'ont fait faire, eux et cet autre efféminé qui est venu tout à l'heure m'apporter la fake news de sa mort. Je me suis ouvert le bide. Comme un con ! Et maintenant je me vide de mon sang comme un porc à l'abattoir ; tout ça pour rien… Et pendant ce temps, elle, c'est sûr, elle est en train de prendre son apéro de six heures sur la grande terrasse avec Charmion et Iras. C'est sûr qu'elles sont en train de se boire, à ma santé, ce petit vin doux, le Zibibbo de Sicile, qu'elle aime tant… Mais Cléopâtre, moi, je l'aime plus que ma propre vie, alors, d'une manière ou d'une autre, je vais la rejoindre. »
Et s'il ne pensa pas précisément cela, ce fut à coup sûr quelque chose de très semblable.
Ce qui vient ensuite n'est pas la scène romantique qu'Hollywood nous a peinte. Les envahisseurs romains —ni personne d'autre— ne peuvent ouvrir les portes du mausolée : Cléopâtre les a barricadées de l'intérieur et n'a pas l'intention de risquer que les soldats du futur empereur Octave entrent par la porte principale. Ainsi, la seule voie d'entrée pour Antoine, qui entre-temps est arrivé en rampant jusqu'au mausolée, c'est la fenêtre. On lui descend trois cordes. Les serviteurs égyptiens le ficellent comme un saucisson et ce sont trois femmes menues et seules qui le hissent : Cléopâtre, Iras et Charmion.

Là en bas pend, tournant lentement dans l'air, un général romain de cinquante-trois ans, gras et lourd comme un bœuf, trempé de son propre sang et déjà incapable d'articuler une seule phrase cohérente. Cléopâtre et les servantes tirent sur la corde, les mains à vif ; toutes trois se suspendent à la corde de tout le poids de leur corps, trébuchent, glissent, soufflent, halètent et tirent de nouveau. Plutarque rapporte le verdict des témoins oculaires qui regardaient d'en bas et qui dirent «qu'on n'avait jamais vu au monde un spectacle plus triste, plus lamentable et plus digne de pitié que celui-là». L'homme qui se croyait descendant direct d'Hercule finit hissé par une fenêtre comme un ballot de marchandise.
Finalement, les trois femmes y parviennent et le tirent à l'intérieur. La joie, pourtant, leur dure plutôt peu : Marc Antoine meurt là-haut, fondu dans ses bras, quelques minutes seulement plus tard.
Et c'est là que commence ce que personne ne raconte. Cléopâtre VII ne le suit pas dans la mort. Que ce soit par instinct de survie, par calcul politique, ou par le secret espoir d'enjôler aussi —après Jules César et Marc Antoine— ce troisième Romain puissant qu'est le jeune Octave, la reine décide de rester en vie et de négocier.
Octave lui envoie son officier le plus fidèle, Proculée. Elle refuse d'ouvrir et lui parle à travers la porte, réclamant des choses impossibles et totalement irréelles pour quelqu'un qui a perdu une guerre, comme qu'on lui laisse le trône d'Égypte pour ses enfants. Le lendemain, tandis que le tribun Lucius Gallus, un autre envoyé, l'occupe en négociant depuis la porte du bas, Proculée et quelques centurions appuient une échelle contre la façade et entrent par la même fenêtre par laquelle on avait hissé Antoine agonisant. C'est un guet-apens. Quand l'une de ses servantes crie «malheureuse Cléopâtre, ils t'ont prise vivante !», la reine porte la main au poignard qu'elle garde à la ceinture. Le Romain se jette sur elle, la désarme et lui secoue les vêtements au cas où elle porterait quelque poison caché.
Que ce soit clair, car cela change le sens de tout ce qui suit : Cléopâtre n'est pas sortie du mausolée de son plein gré, on l'en a sortie de force. À partir de ce moment, c'est une prisonnière surveillée jour et nuit précisément pour qu'elle ne se tue pas.
Et malgré cela, elle tient plus d'une semaine en jouant sa dernière partie d'échecs politique. Elle enterre Antoine avec tous les honneurs. Elle reçoit Octave en personne et lui remet l'inventaire de tout son trésor ; et quand son propre administrateur la dément devant le Romain sur la quantité réelle d'or et de bijoux qu'elle s'apprête à remettre —Cléopâtre en avait secrètement gardé une certaine quantité pour elle—, la reine se jette sur lui en hurlant et en lui décochant une bonne quantité de gifles au visage. Un détail qui a déjà en soi un goût de légende et qui lui valut une certaine admiration d'Octave, homme en général très froid, cynique et calculateur.
Devant le futur Octave Auguste, Cléopâtre déploie tout son arsenal de ruse et de féminité et, parlant un latin parfait, supplie pour la vie de ses enfants —dont trois, Alexandre Hélios, Cléopâtre Séléné II et Ptolémée Philadelphe, sont de Marc Antoine, et un, l'aîné, nommé Césarion, est de Jules César lui-même, l'oncle d'Octave. Jusqu'à ce qu'elle comprenne la seule chose qu'elle ne peut supporter ni permettre : qu'Octave ne la maintient en vie que pour l'exhiber enchaînée dans son défilé triomphal à travers les rues de Rome.
Ce jour-là, Cléopâtre décide de mourir. Non par amour, mais par souveraineté. C'est le dernier geste politique d'une reine qui arrache au vainqueur le joyau principal de son triomphe. Neuf jours après Antoine, et pas avant d'avoir épuisé toutes les cartes du jeu.
L'aspic, c'est-à-dire le cobra, qu'Octave t'a refourgué
Deuxième mythe jeté à terre, et celui-là est de ceux qui font mal.
Le médecin grec Olympos était là et nous a laissé un récit écrit, et il n'y mentionne aucun serpent. Strabon, Plutarque et Dion Cassius parlent de poison, oui, mais sous forme de quelque onguent, poudre, breuvage à boire ou peut-être une épingle creuse chargée de toxine. Et la toxicologie moderne achève le travail. Le cobra égyptien mesure entre un mètre cinquante et deux mètres cinquante, quelque chose d'impossible à cacher dans un panier de figues comme le raconte la légende ; sa morsure, de plus, est lente et incertaine, et ne cadre pas avec le fait de tuer vite trois femmes, car ce jour-là, avec la reine, moururent aussi ses fidèles servantes Iras et Charmion.
Les chercheurs modernes penchent donc pour un cocktail mortel de ciguë, d'aconit et d'opium. Et voici la clé qui referme tout : on sait avec certitude que Cléopâtre en personne avait étudié les poisons pendant de longues années, les testant sur des hommes et des femmes condamnés à mort, cherchant exactement quelle formulation tuait le condamné sans douleur ni convulsions. On lui attribua même un recueil de remèdes et de cosmétiques que Galien citait encore plusieurs siècles plus tard. La reine était une passionnée de chimie et de physique sans même le savoir. Sa mort ne fut donc pas un élan romantique : ce fut la dernière décision de l'un des esprits les mieux formés de son siècle, dont le monde s'était effondré sur elle à jamais.

D'où sort alors l'aspic de la légende ? Eh bien, d'Octave. Dans son défilé triomphal, ne pouvant exhiber la reine vivante, il exhiba une effigie de bois de Cléopâtre, une statue avec le serpent enroulé autour du bras. Cette image de propagande fonctionne depuis deux millénaires. Comme l'a écrit quelqu'un, «la légende de l'aspic est trop belle pour la laisser mourir».
Iras et Charmion : les deux qui pouvaient se sauver et ne le voulurent pas
Et ici il faut s'arrêter, car dans cette histoire il y a deux prénoms de femme dont presque personne ne se souvient et qui ont gagné le droit de ne pas être oubliées : Iras et Charmion.
Ce n'étaient pas des esclaves anonymes. C'étaient les deux femmes les plus proches et les grandes amies de la reine, ses coiffeuses et femmes de chambre selon les sources. Et leur influence à la cour était si réelle et si puissante que la propagande de Rome s'en servit comme d'une arme : les ennemis d'Antoine se moquaient en disant que l'empire d'Orient était gouverné par « Iras, la coiffeuse, et Charmion, la femme de chambre ». Ils voulaient l'humilier. Ce qu'ils obtinrent, ce fut de consigner que ces deux femmes avaient l'oreille de la reine la plus puissante du monde antique.
Ce furent les seules que Cléopâtre laissa entrer dans le mausolée. Ce furent elles qui, les mains à vif, tirèrent sur les cordes pour hisser par la fenêtre le corps énorme et agonisant de Marc Antoine. Et ce furent elles qui restèrent à ses côtés durant les neuf jours de négociation avec Octave et qui prirent le poison avec leur reine.
Quoi qu'il en soit, aucune des deux jeunes filles n'était condamnée. Octave ne les voulait pas mortes : il les voulait vivantes comme témoins mineurs d'un triomphe dont le véritable trophée devait être la reine. Toutes deux pouvaient sortir du mausolée sur leurs propres jambes et continuer à vivre. Leur maîtresse le leur dit : Sauvez-vous. Mais elles restèrent.

Quand Proculée, l'envoyé d'Octave, arriva en courant et enfonça la porte de la chambre, il trouva Cléopâtre morte sur son lit d'or, vêtue en reine et le diadème royal sur la tête. Iras était déjà morte et gisait étendue à ses pieds ; tandis que Charmion, chancelante et mourante, redressait de ses dernières forces la couronne sur le front de sa reine, pour qu'aucune main romaine ne la trouve mal coiffée.
Le Romain, furieux des explications qu'il devra donner à Octave sur ces morts si inopportunes, crie : « Putain, mais qu'avez-vous fait ? Tu trouves ça beau, tout ça, Charmion ? ».
Et elle, avant de s'effondrer morte sur sa reine, lui répondit : « Oui, Proculée, très beau. Et bien digne d'une grande reine descendante de tant de rois. »
Son arme secrète n'était pas la beauté
Troisième mythe sur Cléopâtre, le plus gênant de tous. Plutarque, qui put parler avec des gens ayant côtoyé ceux qui la connurent en personne, le dit sans anesthésie : sa beauté n'était pas si incomparable qu'elle coupât le souffle. Les monnaies qu'elle-même fit frapper montrent un nez fort et un menton marqué.
Alors, comment mit-elle à ses pieds les deux hommes les plus puissants du monde ? Eh bien, par le cerveau, une sensualité sûrement débordante et la voix. Plutarque décrit sa voix comme « un instrument à plusieurs cordes » : elle parlait tant de langues qu'elle négociait sans interprète avec des envoyés éthiopiens, arabes, hébreux, mèdes et parthes, et elle fut la première reine de sa dynastie, la dynastie grecque des Ptolémées, en trois cents ans à se donner la peine d'apprendre et de parler l'égyptien, la langue de son propre peuple.
Ce n'était pas, apparemment, une séductrice de cinéma façon Barbie-Girl, mais cet humble auteur italien, qui a connu pas mal de femmes au cours de sa longue vie, soupçonne que si une fille, pas d'une beauté folle en soi, attire les hommes autant que le miel attire les mouches, son arme la plus mortelle et la plus sophistiquée doit être cachée quelque part dans un recoin obscur, au sud du nombril.
Quoi qu'il en soit, la reine Cléopâtre VII Théa Philopator était la femme la plus intelligente de la Méditerranée et était assise sur le trône du pays le plus riche du monde. Cela, et non un simple décolleté, est ce qui faisait trembler Rome.
Le tapis persan qui n'a jamais existé et le poisson salé du Pont
Il y a un tas d'anecdotes autour de la vie de Cléopâtre, et l'une d'elles, peut-être la plus savoureuse, survint en l'an 48 avant Jésus-Christ lorsque, écartée du trône par son frère cadet et chassée à coups de pied de son propre palais, elle réussit à s'introduire dans les appartements de Jules César, hôte d'honneur dans ce même palais qui avait été le sien.
L'histoire se déroula ainsi : Cléopâtre, dépouillée du trône, exilée d'Alexandrie et en danger de mort, doit à tout prix entrer dans son propre palais —à ce moment-là occupé par son frère, le nouveau pharaon Ptolémée XIII— sans que les gardes ne l'égorgent en chemin. Elle veut avoir une conversation privée et secrète avec Jules César pour voir si elle peut le gagner à sa cause et s'allier avec lui contre son frère. L'Égypte à ce moment-là était une province de Rome et César en était le plus haut responsable sur place.
Plutarque ici est très concret et précis : il paraît que son grand ami sicilien Apollodore la fourra dans un sac de linge de lit et se le chargea sur l'épaule comme quelqu'un qui va livrer la lessive fraîchement faite à César en personne. De là, de ce vieux sac, elle sortit droit aux pieds de César : jeune, joyeuse, décoiffée, toute rougie par l'émotion et riant comme une gamine espiègle ; vingt et un ans elle, cinquante-deux lui. Vous pouvez bien imaginer ce qui se passa cette nuit-là dans cette chambre, qui fut nommée nouvelle reine d'Égypte le lendemain matin et qui fut assassiné sans pitié quelques mois plus tard. (Spoiler : le petit frère, Ptolémée XIII.)
Le tapis persan dans lequel elle aurait été enroulée est une invention du cinéma américain, mais le glamour et l'audace sont bien les siens. Ainsi est toute son histoire véritable.
Et maintenant je vous raconte une autre scène qu'aucun scénariste d'Hollywood n'a jamais osé tourner. Celle-ci aussi, c'est le grand historien Plutarque qui nous la raconte.
Nous sommes à la cour royale d'Alexandrie, dans les années les plus dorées du couple le plus beau, le plus déréglé, le plus vicieux et le plus glamour du monde. Antoine et Cléopâtre partent en croisière sur le Nil avec toute la cour et profitent de la navigation pour pêcher. À Antoine, depuis plusieurs jours, pas même une sardine ne mord à l'hameçon, tandis qu'elle ne cesse de tirer des poissons du fleuve. Et un général romain ne supporte pas de perdre, même à cela : il soudoie alors quelques plongeurs du coin pour que, le lendemain, ils lui accrochent sous l'eau des poissons vivants à l'hameçon. Miracle : il sort une prise après l'autre. Cléopâtre le voit, comprend tout et ne dit rien… Le lendemain, elle organise une autre grande journée de pêche, et quand Antoine tire triomphalement sur sa canne, convaincu de sortir un autre poisson vivant, à l'hameçon pend un poisson genre morue desséchée et salée : une morue en saumure, achetée au marché.

Éclat de rire général. Grande joie. Et alors elle lui offre l'une des phrases les plus élégantes jamais dites à un homme humilié :
« Général, laisse-nous la canne à pêche, à nous, les roitelets de Pharos et d'Alexandrie ; ta proie, ce sont des villes, des royaumes et des continents, pas des poissons. »
Transformer la moquerie en le plus grand des compliments : ainsi était Cléopâtre.
Les inimitables : la société secrète qui a vraiment existé
Antoine et Cléopâtre fondèrent ensemble un club. Réel, avec un nom grec : les Amimetobioi, « ceux de la vie inimitable ». La règle était une seule : chaque jour, un excès digne d'être raconté. Des banquets avec huit sangliers rôtis en décalé pour que l'un soit à point à l'heure imprévisible où la reine aurait faim. Des sorties nocturnes incognito dans Alexandrie —lui déguisé en esclave, elle en servante— ivres et faisant des farces à toutes les portes de la ville, tandis que les Alexandrins, qui les reconnaissaient parfaitement, entraient dans le jeu. Pour Rome, c'était là le masque de la tragédie, celui de la façon dont l'un de ses meilleurs généraux était tombé si bas ; pour nous, c'est le masque de la joie, de la comédie et de l'amour.
Et quand la ruine frappa à la porte, ils ne dissolurent pas le club comme ça. Ils le refondèrent sous un autre nom, et ce second nom donne la chair de poule : les Synapothanoumenoi. « Ceux qui mourront ensemble. »
De la vie inimitable à la mort partagée. Ça, même Shakespeare ne l'améliore pas.
La scène qui m'a brisé pendant que j'écrivais
Et je vous laisse la dernière, la plus humaine de toutes, celle que presque personne ne connaît.
Quand tout fut terminé —Antoine mort, Cléopâtre morte, Césarion exécuté sur ordre d'Octave à dix-sept ans parce que « deux Césars à Rome, c'est trop »— il resta trois enfants orphelins : les jeunes enfants d'Antoine et Cléopâtre. Savez-vous qui les recueillit, les éleva dans sa maison de Rome et les mena à la vie comme ses propres enfants ? Eh bien, ce fut Octavie la Jeune, l'épouse officielle de Marc Antoine et unique sœur de l'empereur Octave. La même femme qu'il avait abandonnée pour être avec Cléopâtre.
Elle éleva les trois enfants de sa rivale avec les siens, sans distinction. Les sources antiques, qui ne font aucun cadeau, l'appellent « un prodige de femme ». Quand j'écrivis cette scène —Octavie coiffant les tresses de la fille de Cléopâtre dans un jardin de Rome et la conseillant sur son futur mariage avec le roi Juba II de Numidie—, je dus me lever de mon bureau et, la gorge nouée, penser à voix haute : Sic Transit Gloria Mundi.
Le livre qui arrive à Noël
Tout cela et bien plus encore —comme la perle dissoute dans le vinaigre, l'assassinat et la langue de Cicéron transpercée par l'épingle d'or de Fulvie, la barque aux voiles pourpres remontant le fleuve de Tarse, les trois jours de silence d'Antoine à la proue d'un navire— c'est Antoine et Cléopâtre — Sexe · Sang · Amour · Mort, le premier volume de ma nouvelle série Roma Stupor Mundi : l'histoire de Rome racontée à travers ses deux meilleurs chroniqueurs, Suétone et Plutarque, avec la rigueur des sources et le rythme d'un roman.
Je suis en train de l'écrire en ce moment même. Il sort à Noël 2026, ou peut-être un tout petit peu plus tard, en six langues. Et voici l'invitation.
Rejoins les inimitables
Antoine et Cléopâtre avaient leur club secret. Ce livre en a un aussi.
J'ouvre le Club des Inimitables : un groupe fermé de lecteurs qui ne liront pas ce livre une fois terminé, mais le vivront en direct pendant qu'il s'écrit, et pourront y mettre la main. Le Club est privé car il faut un mot de passe pour y entrer ; mais il est ouvert à quiconque veut s'inscrire.
À commencer par la couverture que tu as vue plus haut : celle avec le clin d'œil à Elizabeth Taylor est ma préférée, mais il y aura d'autres candidates et la couverture gagnante, nous la déciderons tous ensemble.
Les membres reçoivent, directement dans leur boîte mail :
- Le mot de passe de la zone réservée du Club, une page cachée qui n'apparaît dans aucun menu ni dans aucun moteur de recherche.
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- La date de sortie avant tout le monde, et le prix spécial de lancement si vous voulez l'édition papier signée à la main.
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« Chaque jour, un excès digne d'être raconté. » Telle était la règle des inimitables. La mienne est plus modeste : chaque chapitre, une histoire qu'on ne t'a pas racontée.
On se voit à l'intérieur.
Sources et références
- Plutarque, Vie d'Antoine (Ier–IIe siècle apr. J.-C.), source principale du siège d'Alexandrie, du hissage d'Antoine au mausolée, de l'épisode du poisson salé, du sac de linge de lit et de la dernière réplique de Charmion.
- Dion Cassius, Histoire romaine, livres L–LI, pour la capture de Cléopâtre par Proculée et le défilé triomphal d'Octave à Rome.
- Strabon, Géographie, XVII, témoignage presque contemporain sur la mort de la reine et les deux versions qui circulaient déjà.
- Olympos, médecin de Cléopâtre, cité par Plutarque : récit d'un témoin oculaire qui ne mentionne aucun serpent.
- Suétone, Vie d'Auguste, pour l'exécution de Césarion et la conduite d'Octavie envers les orphelins.
- Historiographie moderne sur Cléopâtre VII, sa formation en pharmacologie et en toxicologie, et la critique de l'épisode de l'aspic comme image de propagande augustéenne.
Dans cet article, il n'y a PAS de fiction
Les faits sont ceux qui sont documentés. Marc Antoine se blessa lui-même avec son épée après la fausse rumeur de la mort de Cléopâtre, et fut hissé avec des cordes jusqu'à la fenêtre du mausolée, où il mourut : c'est Plutarque qui le raconte. Cléopâtre fut capturée vivante par Proculée, qui entra par cette même fenêtre avec une échelle, et mourut neuf jours après Antoine, le 10 août de l'an 30 av. J.-C., avec Iras et Charmion. Les dates, la négociation avec Octave, le projet de l'exhiber au triomphe, le sac de linge de lit d'Apollodore, le poisson salé du Pont, les Amimetobioi et les Synapothanoumenoi, ainsi que l'éducation des orphelins par Octavie, sont tous dans les sources citées plus haut. Sur la cause exacte de la mort, il n'y a aucun témoin : les sources antiques doutaient déjà, et c'est pourquoi cet article raisonne à partir de ce que nous savons vraiment —le silence du médecin Olympos, l'incompatibilité du cobra avec trois morts rapides et la formation toxicologique de la reine— pour conclure que le poison est plus probable que le serpent. Le seul passage inventé est signalé comme tel dans le texte lui-même : le monologue intérieur d'Antoine blessé, qu'aucune source ne rapporte et qui est offert ici ouvertement comme une licence de l'auteur. Les commentaires et appréciations du narrateur font partie de la voix artistique et littéraire personnelle de l'auteur David S. Matrecano.

